Le blanc est la robe la plus trompeuse de la félinologie : il ne s’agit pas d’une couleur, mais d’une absence de pigment visible. Et cette absence peut avoir trois origines génétiques très différentes, avec des implications très différentes pour l’éleveur.
Cet article fait partie de la série Les robes de l’Oriental Shorthair.
Mécanisme 1 : le blanc dominant (locus W)
Le gène W (White) est dominant épistatique : un seul allèle W suffit à masquer toute la pigmentation du chat, quelle que soit sa couleur génétique réelle. Un ebony W/w s’apparaît blanc. Un chocolate tabby W/w apparaît blanc. La couleur « cachée » ne disparaît pas — elle est juste invisible.
Le blanc dominant est associé à un risque de surdité, lié à l’absence de cellules pigmentaires dans la strie vasculaire de la cochlée. Ce risque est majoré chez les chats aux yeux bleus (dépigmentation de l’iris liée à W). Les chats impairs (un œil bleu, un œil autre) présentent un risque intermédiaire — généralement une surdité du côté de l’œil bleu.
Mécanisme 2 : le blanc piebald (locus S)
Le gène S (Spotting) crée des plages blanches sur un fond coloré. Il est responsable des robes bicolores chez l’Oriental (ebony & white, blue & white, etc.). Contrairement au W, le chat garde sa couleur de fond visible — le blanc ne couvre qu’une partie du corps.
L’expression du piebald est variable : un hétérozygote S/s peut avoir peu de blanc (quelques poils) ou beaucoup (ventre entièrement blanc). Un homozygote S/S tend à avoir plus de blanc. C’est un gène à expressivité variable, ce qui rend les prévisions difficiles.
Le bicolore chez l’Oriental a été reconnu relativement récemment par le LOOF et reste absent de certains programmes d’élevage traditionnels. Son admission en exposition varie selon les juges et les référentiels.
Mécanisme 3 : le Foreign White
Le Foreign White est un cas particulier à l’Oriental Shorthair. C’est un chat blanc (gène W) dont la couleur sous-jacente est colourpoint (cs/cs). En pratique :
- Le chat porte W : il apparaît blanc
- Le chat porte cs/cs : s’il n’était pas blanc, ses extrémités seraient pointées
- La combinaison W + cs/cs est associée à des yeux bleus intenses, sans surdité significative
C’est ce dernier point qui distingue le Foreign White des autres blancs : les yeux bleus chez un blanc dominant W sont souvent liés à une surdité, mais chez le Foreign White (W + cs/cs), les yeux bleus sont d’origine colourpoint et le risque auditif est nettement réduit. C’est pourquoi les éleveurs de Foreign White utilisent spécifiquement des reproducteurs porteurs du gène cs.
| Type de blanc | Génotype clé | Yeux possibles | Surdité |
|---|---|---|---|
| Blanc dominant | W/_ | Bleus, or, impairs | Risque élevé (yeux bleus) |
| Bicolore piebald | w/w + S/_ | Selon couleur de fond | Risque faible |
| Foreign White | W/_ + cs/cs | Bleus intenses | Risque réduit |
Pourquoi des yeux bleus sans être albinos ?
L’albinisme (locus C, allèle ca/ca) est une absence totale de pigment dans tout l’organisme — iris compris — donnant des yeux roses ou très pâles. Les yeux bleus des chats blancs ont une autre origine : ils résultent soit de l’absence de mélanine dans l’iris (gène W), soit de la restriction thermique colourpoint (cs/cs) qui concentre le pigment sur les extrémités mais laisse les yeux bleus. Dans les deux cas, l’iris lui-même diffuse la lumière différemment, produisant une apparence bleue sans pigment bleu réel.
Ce que l’éleveur doit retenir
- Tester l’audition (BAER test) de tout chaton blanc avant cession, quelle que soit la couleur des yeux
- Un Foreign White doit avoir au moins un parent porteur cs pour être correctement typé
- Le bicolore nécessite un programme d’élevage séparé pour contrôler l’expression du piebald
Questions fréquentes
Un Oriental blanc peut-il avoir des chatons colorés ?
Oui. Si le blanc est dû au gène W (dominant), le chat possède une couleur réelle en dessous. Accouplé à un partenaire non-W, 50 % des chatons seront W/w (blancs) et 50 % w/w (colorés, exprimant la couleur sous-jacente de chaque parent).
Le Foreign White est-il une race à part ?
Non, c’est une robe de l’Oriental Shorthair, pas une race distincte. En TICA, le Foreign White est enregistré dans la race Oriental. En GCCF (Grande-Bretagne), il a longtemps été traité séparément, mais la tendance actuelle est à l’intégration dans la race Oriental.
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